Médecine sexuelle

Oser parler d’un problème sexuel avec son médecin

Il est difficile pour un homme d’aborder en premier les problèmes sexuels avec un médecin.
Il faut aussi reconnaître que tous les médecins ne prêtent pas toujours suffisamment attention aux souhaits de leurs patients, surtout si ceux-ci sont formulés à voix basse.
Il est donc regrettable que le sujet ne puisse être abordé simplement, les organes sexuels faisant partie intégrante de notre corps ; éducation, tabous sociaux, croyances ou religions, l’homme se prive trop souvent de la possibilité d’agir à temps pour sa santé sexuelle au risque de compliquer la prise en charge.

Pourtant, les professionnels de santé gèrent depuis toujours des problèmes liés aux organes génitaux et à la reproduction et y sont sensibilisés.
Il est bon de répéter que la sexualité, et la santé sexuelle, font partie intégrante de notre santé globale ; il est donc tout à fait normal d’exposer nos problèmes sexuels à un professionnel de santé et nous encourageons tous les hommes en souffrant à surmonter leurs préjugés pour débuter une consultation et à inclure leurs partenaires dans cette démarche.

Voici plusieurs façons de prendre en charge son problème sexuel :

  • il peut être évoqué directement avec son médecin traitant qui choisira, soit de le traiter lui-même, soit de vous orientervers un spécialiste s’il considère que ce n’est pas de son domaine de compétence,
  • il peut aussi être judicieux dès le départ de consulter un autre médecin généraliste qui à son tour agira directement ou vous orientera vers un spécialiste. Ce conseil peut s’adresser notamment à un homme n’osant pas consulter son médecin habituel s’il est de sexe féminin,
  • il est également possible de s’adresser directement à un spécialiste, médecin sexologue ou urologue-andrologue.

POUR ÊTRE ÉCOUTÉ, LE PATIENT DOIT PARLER CLAIREMENT DE SES SYMPTÔMES.
PLUS LE LANGAGE EST PRÉCIS, PLUS LE MÉDECIN EST À MÊME DE JUGER
DE L’ÉTAT DE SON PATIENT.

Dire que l’on subit une baisse de forme depuis quelques temps ne suffit pas. L’imprécision de tels propos peut rendre difficile l’interprétation de la demande par le médecin.
Il ne faut donc pas avoir peur d’utiliser des mots comme érection, éjaculation ou orgasme. Plus la demande sera claire et précise, plus elle aura de chance d’être comprise et prise en compte. Il faut aussi tenter de décrire l’importance de ces symptômes sur votre qualité de vie ou votre vie de couple. Cela diminuera le risque de s’entendre dire par le médecin qu’en raison des autres pathologies, s’il y en a, que ce n’est pas le sujet du moment où que ce problème est dû à l’âge et que l’on n’y peut rien.

Nous espérons que ces quelques conseils pourront vous aider dans vos démarches quant à la prise en charge de vos problèmes sexuels. Il est important de comprendre qu’il faut d’abord se prendre personnellement en charge pour que le médecin puisse, à son tour, prendre le problème en considération.
Il est donc préférable d’être actif et partie prenante plutôt que de se cantonner dans une position attentiste.

Emergence de la médecine sexuelle

Lors du 106e congrès de l’AFU (Association Française d’Urologie), en 2012, axé sur la médecine sexuelle, le Pr Giuliano a justement dit :

«On ne meurt pas de sexualité, mais lorsque cela ne fonctionne pas on peut être très malheureux et il y a une demande croissante de la part des hommes comme des femmes dans ce domaine ».

Troubles du désir et de l'orgasme chez la femme, effets iatrogènes (effets néfastes) des médicaments sur la sexualité ou encore sexualité du couple âgé sont quelques-uns des sujets abordés lors de ce congrès.

« Ces dix dernières années, il y a eu des progrès considérables dans la connaissance des mécanismes des troubles sexuels, dans leur traitement, et il y a une attente croissante de la population ».
Et d’avouer, réaliste, « Une majorité d'urologues, dont la moyenne d'âge est de 50 ans, n'ont pas eu de formation spécifique dans ce domaine alors qu'en cabinet ils accordent une place grandissante à la vie sexuelle. »

L’iatrogénie sexuelle médicamenteuse (effets indésirables sur la santé résultant de la prise concomitante de plusieurs médicaments)

Exemple avec un sujet d'importance grandissante pour les spécialistes de santé : l’iatrogénie sexuelle médicamenteuse.
« De très nombreux médicaments peuvent induire des problèmes de sexualité, comme par exemple la dysfonction érectile entraînée par des anti-hypertenseurs », explique le Pr Giuliano. « Il y a une méconnaissance extraordinaire à ce sujet alors que c'est une cause importante de non respect du traitement par les hommes. »

Ainsi, certains produits pris au long cours, tels des antihypertenseurs, anticholestérol, antidépresseurs… peuvent être la cause de dysfonctionnements érectiles graves.

Les andrologues devraient aussi savoir répondre aux questions de moins en moins exceptionnelles de couples âgés de 70 à 80 ans qui souhaitent avoir une sexualité plus satisfaisante.
Selon des chiffres diffusés par l'AFU, près de 90% des femmes de plus de 50 ans vivant en couple se déclarent aujourd'hui sexuellement actives contre 77% en 1992 et 53% en 1970.

« L’acceptation du vieillissement de l'autre est essentielle pour continuer à se projeter dans une relation sexuelle » souligne le Pr Giuliano, pour qui les conseils du spécialiste peuvent être précieux dans ces cas.

Or, la pathologie iatrogène médicamenteuse, plus fréquente et surtout plus grave chez les patients âgés, n’est pas encore assez prise en compte car peu connue, ni des spécialistes, ni des patients.

Quels sont les spécialistes ?

Sexologue, sexothérapeute, urologue, andrologue : comment s’y retrouver ?

Il existe des thérapeutes qui sont médecins, d’autres pas.
Concernant les médecins-sexologues, ils sont titulaires soit d’un Diplôme Inter Universitaire de sexologie (DIU - diplôme national officiel) obtenu après 3 années d’études supplémentaires à leur cursus habituel, diplôme qui est reconnu par l’ordre des Médecins. Ils peuvent faire état de leurs acquis et le mentionner sur leurs ordonnances, sur leur plaque professionnelle et s’inscrire dans la rubrique des pages jaunes à la rubrique ‘’Médecins sexologues’’.
Certains médecins ont un exercice exclusif, ne pratiquant que la sexologie. D’autres exercent conjointement avec une autre spécialité comme la médecine générale, l’urologie, la psychiatrie, la gynécologie ou l’endocrinologie.
Comme tous les médecins, ils relèvent de l’Ordre des Médecins. Il existe donc une instance disciplinaire en cas de manquement à l’éthique.
Seuls les médecins sont autorisés à vous examiner, à prescrire des examens complémentaires et des médicaments. Une majorité d’entre eux se place dans le champ de la ‘’médecine sexuelle’’, c’est à dire intégrant tout à la fois les problèmes psychologiques et relationnels mais aussi les aspects somatiques, gynécologiques, urologiques, endocrinologiques...

De nombreux psychologues ont suivi une formation en sexologie. Ils adoptent en général la dénomination de sexothérapeutes ou sexologues cliniciens.
N’étant pas médecins, ils ne peuvent ni examiner ni prescrire d’examens ou de médicaments. Par ailleurs, un sexothérapeute n'est pas un conseiller et ce n'est pas à lui de vous dire comment vivre votre sexualité : son travail est de vous aider à trouver vos propres solutions.
(D’après le syndicat national des médecins sexologues).

Les urologues s’intéressent à l’appareil urinaire des deux sexes, à l’appareil génital masculin (prostate et organes génitaux externes) et traitent les maladies qui s’y rapportent.
Les urologues peuvent suivre un cursus supplémentaire de 3 ans pour devenir andrologues, l’équivalent du gynécologue pour la femme. L’andrologie étudie plus particulièrement les pathologies masculines telles que la stérilité et les troubles de l’érection. Ils n’interviennent que sur le plan ‘’mécanique‘’ de la dysfonction érectile.

Les examens à faire, prescrits par le médecin

Les examens de laboratoire

Les examens initiaux concernent surtout la créatinémie (fonction rénale), la glycémie (sucre dans le sang), le dosage de la testostérone dans le sang, la recherche de cholestérol, de triglycérides, etc.

Le doppler pénien

Cet examen échographique mesure le flux artériel et les variations de calibre des artères avant et après l'injection d’un vasodilatateur dans les corps caverneux. Il permet d'apprécier si les troubles de l'érection sont en rapport ou pas avec une anomalie de la vascularisation, insuffisance artérielle ou fuite veineuse.

Artériographie iliaque

C'est une radiographie qui consiste à opacifier les artères iliaques (au niveau de l'aine) à la recherche d'un rétrécissement. Cet examen est surtout utilisé dans les rares cas où une réparation des artères (revascularisation) peut être envisagée, en particulier chez les sujets jeunes ayant une impuissance post-traumatique (fracture du bassin par exemple).