L'injection pénienne

L’injection intra-carverneuse

L’injection pénienne consiste à s’auto-injecter une drogue vaso-active dans les corps caverneux du pénis avant chaque rapport sexuel. Cette drogue a pour effet de relaxer les muscles lisses des corps caverneux, qui en se relâchant, permettent de provoquer une érection par apport de sang artériel.

Les corps caverneux seuls sont sous l’effet de ce vaso-dilatateur. Le corps spongieux et le gland du pénis restent à l’état flaccide, sans sensibilité.

Il s’agit donc de créer une érection, ou plus précisément ‘’une rigidité’’ à la demande, à l’aide d’un médicament érectogène introduit directement dans les corps caverneux par une action locale.
L’érection peut être déclenchée de façon quasi immédiate (5 à 10 minutes) sans aucune stimulation sexuelle ou érotique préalable et sans intervention des centres cérébraux contrôlant la réaction sexuelle.

Ce traitement est censé permettre des rapports sexuels en déclenchant une érection quasi immédiate.
Le traitement est accessible quelle que soit la cause de l’insuffisance érectile, para et tétraplégies, chirurgie, tabagisme, diabète… C’est le traitement de référence préconisé avec une réelle efficacité après une prostatectomie radicale. Mais, en cas de sectionnement des bandelettes nerveuses, l’efficacité des injections est nettement diminuée, voire inexistante.

Il est préférable qu’elles débutent dans le mois suivant la prostatectomie, un démarrage des injections à plus long terme compromet les résultats.

Il n’y a pas de contre-indication aux injections intra-caverneuses en cas de rétraction pénienne, rétraction souvent constatée après prostatectomie mais aussi en cas de diabète ou de cancer du rectum. Ces injections sont au contraire conseillées puisqu’il faut lutter contre cette rétractation.
L’érection ainsi créée favorise la ‘’rééducation’’ du tissu érectile par apport de sang artériel chargé en oxygène, avec pour mission d’éviter une fibrose irréversible des tissus qui perdraient leur souplesse, donc leur capacité à se remplir de sang. Néanmoins, l’injection intra-caverneuse n’est pas curative.
L’injection de prostaglandine dans le pénis n’induit pas de réactions de désagréments d’ordre général comme pour les comprimés. Néanmoins, fibrose caverneuse et troubles de la coagulation sont des contre-indications.

Historique

La prostaglandine E1 (PGE1) est un acide gras de la classe des prostaglandines, naturellement présente dans l’organisme et produite principalement par les vésicules séminales. Elle est utilisée comme médicament dans le traitement de l'impuissance sexuelle pour ses propriétés vasodilatatrices.
Le principe actif, appelé Alprostadil, est commun aux 3 produits injectables disponibles sur le marché français, Edex, Caverject et Muse.
L’injection pénienne offre un traitement de référence dans les cas d’insuffisance érectile avérée.

Découvertes par le Docteur Von Heuler en 1930, les prostaglandines sont très répandues dans les tissus humains avec des propriétés dans le domaine de la neurotransmission, de la contraction musculaire lisse et, pour les prostaglandines E1, un rôle dans le contrôle de la douleur et la sensibilité des nocicepteurs (nocicepteur : récepteur sensoriel de la douleur qui fait naître un message nerveux en direction du cerveau lorsqu’il est stimulé, pour y être interprété).
Son puissant pouvoir vasodilatateur sur les artères caverneuses et sur le tissu érectile, démontré en 1985 par les Docteurs Hedling et Anderson, a suscité sa première utilisation en clinique humaine en 1986.
On a pu récemment démontrer que le tissu caverneux pouvait lui-même produire des prostaglandines.

« De la médecine primitive à l’auto-utilisation de substances vaso-actives, s’inscrivent des siècles d’impuissance et d’incompréhension mais aussi des siècles de lumière qu’éclairent les noms de Vinci, de Paré, de Hunter ou de Virag. L’histoire médicale n’est jamais terminée. »

Philippe BRENOT – Perspectives historiques de l’impuissance masculine.

C’est un médicament d’exception possédant une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), remboursé à 100 % sur ordonnance dans les cas de dysfonction érectile liée à une atteinte organique définie.

Les marques Edex et Caverject se partagent le marché.

Principe de l’injection

L’injection se fait dans les corps caverneux, d’un seul côté, à l’aide d’une seringue à la fine aiguille. Il faut alterner à chaque fois. L’injection doit être effectuée perpendiculairement au pénis, selon le dessin ci-contre.
Il existe des systèmes de communication entre les deux corps caverneux permettant au produit de se diffuser dans leur ensemble. Il faut bien masser la verge après chaque injection. L’érection obtenue est indépendante de l’éjaculation. Elle peut persister au-delà. L’acte sexuel peut ainsi être renouvelé.

Il ne faut pas s’administrer plus d'une injection par jour, le rythme maximal des injections étant de deux par semaine en ménageant un intervalle d'au moins 24 heures entre les injections. Cette règle est à appliquer aussi en cas d’échec de l’injection.
Le matériel d’injection est à usage unique et il ne faut pas réutiliser seringue et aiguille.

La première injection doit obligatoirement être effectuée en milieu médical et les injections suivantes ne seront effectuées par le patient qu'au terme d'un apprentissage de la technique d'injection. Le malade ne doit injecter que la dose optimale individuelle déterminée pour lui.
Pour les couples, il est conseillé de participer ensemble à l’apprentissage de la technique de l’injection.
L’injection peut être faite par la partenaire en cas de dextérité manuelle posant problème, de troubles visuels, d’obésité abdominale importante ou tout simplement en cas d’appréhension excessive. Dans ce dernier cas, l’emploi d’une crème ou d’un patch anesthésiant peut être judicieux, tout comme l’emploi d’un injecteur automatique.

Difficultés à trouver le bon dosage

Le bon dosage est difficile à trouver et varie selon les individus. Il peut aussi varier selon les injections, à dose de produit actif identique, selon l’endroit exact où l’on se pique. Il est aussi possible de dépasser le corps caverneux visé et d’injecter le produit dans l’urètre. Dans ce cas, le pénis restera flaccide.
Ces difficultés d’application font que nombre d’hommes abandonnent rapidement les auto-injections.
Il convient de procéder à des essais en commençant avec une dose minimum et d’augmenter progressivement en fonction des résultats obtenus. 

Effets secondaires

La notice d’emploi est à lire attentivement car ces produits contiennent des principes actifs qui peuvent interférer avec d’autres médicaments ou être néfastes par rapport à certaines maladies. Ils sont délivrés sur ordonnance exclusivement.

Quelle que soit la marque, les principaux effets secondaires fréquents sont :

  • le priapisme, érection bloquée et douloureuse pouvant durer des heures et totalement néfaste aux corps caverneux. Il est conseillé de bouger pour activer la circulation sanguine et ne pas hésiter à se rendre aux urgences si nécessaire. Les notices conseillent l’admission en urgence au dessus de 3 heures d’érection,
  • des douleurs dans l’ensemble du pénis avec une prépondérance au niveau du gland, allant en s’amplifiant en cas de priapisme, empêchant toute pénétration,
  • l’apparition de nodules fibreux entraînant une courbure de la verge (10% des pratiquants), le plus souvent après une certaine période d’utilisation du produit. Cet effet est annoncé dans la notice de l’Edex, mais pas dans celle du Caverject,
  • moins grave, des saignements au point d’injection apparaissent parfois, sans gravité (il ne faut pas se piquer dans une veine), ou le fait de se piquer dans un petit nerf qui peut engendrer une douleur fugitive,
  • modification de la pression artérielle, vertiges lors du passage à la position debout, troubles du rythme cardiaque peuvent aussi survenir.

On peut se piquer à faible dose pour faire grossir la verge afin de favoriser l’oxygénation par apport de sang artériel, sans chercher le rapport sexuel. Mais là encore, le juste dosage est très difficile à déterminer.

Rythme des injections

Les urologues préconisent de s’injecter le produit deux fois par semaine après ablation de la prostate, mais cela ne correspond à rien d’objectif (Dr Belley urologue-andrologue).
Il est certain qu’il faut essayer de provoquer les érections régulièrement, et peut-être un peu plus souvent que le voudrait l’activité sexuelle du patient, pour éviter la rétraction du pénis par fibrose des tissus.
Mais il faut se limiter à ce qui est faisable et acceptable pour que les injections ne deviennent pas une corvée. Elles ne doivent pas empoisonner la vie du patient, voire celle du couple.
Ce traitement et/ou rééducation est fait pour préserver la qualité de vie, pas pour l’amoindrir. Toutefois, une fréquence régulière et soutenue augmente les chances de récupération érectile.

Efficacité dans le temps

Avec le temps, le recul clinique a montré que l’efficacité des injections intra-caverneuses avait tendance à diminuer, nécessitant d’augmenter les doses ou de faire des associations comme injection et vacuum.
La diminution de l’effet du produit peut aussi venir de la constitution d’une fibrose des tissus qui peut gêner la diffusion du produit dans les cavités caverneuses.
Il faut donc éviter de se piquer toujours au même endroit en essayant de varier les sites d’injection sur la longueur et sur le côté de la verge.

Pour savoir si le mécanisme de l’érection s’améliore avec la pratique des injections, il y a la possibilité de prendre un comprimé le lendemain d’une injection ; une réaction sur le volume du pénis pourra laisser augurer d’une amélioration.

La piqûre va permettre aux corps caverneux de se remplir de sang tout en comprimant  le système veineux pour maintenir durablement la verge dans son état de rigidité, exactement comme au cours de l’érection naturelle. Par contre, l’érection obtenue par piqûre dans les corps caverneux n’agit que sur ceux-ci puisque le gland ne se gonfle quasiment pas.

Marques disponibles

Nous présenterons succinctement les marques et leurs produits, leur choix ainsi que les dosages retenus devant s’effectuer en accord avec le médecin.
Quelle que soit la marque préconisée, les notices sont à lire attentivement avant injection car les effets secondaires peuvent être différents.

Ces médicaments ne doivent pas être utilisés :

  • en cas d’allergie aux prostaglandines,
  • chez les hommes souffrant d'une maladie qui les prédispose au priapisme (drépanocytose, myélome multiple, leucémie),
  • chez un patient dont la partenaire est enceinte ou susceptible de l'être en raison du passage de l'Alprostadil dans le sperme et le liquide séminal.

Caverject®

Principe actif : l’Alprostadil

Composants : lactose, benzylique alcool, sodium citrate (E331), eau pour préparations injectables.
Dosage usuel, 2.5 à 20 μg (microgrammes).

Caverject existe 2 conditionnements :

Caverject

Fourni en coffret, le principe actif est contenu dans un flacon séparé. Il faut donc procéder au mélange du produit. La seringue à piston permet de doser le volume à injecter. La précision n’est pas parfaite.

Caverject Dual

Le principe actif ainsi que l’excipient sont contenus à même la seringue. Le mélange s’effectue en tournant le piston. La seringue est munie de 4 crans permettant d’injecter ¼ - ½ - ¾ ou tout le contenu de la seringue. L’injection est donc toujours du même volume de principe actif.
Ce système permet de retirer du produit goutte à goutte pour trouver sa juste dose.

Edex®

Principe actif : l’Alprostadil

Composants : poudre : alphacyclodextrine,
lactose, solvant : sodium chlorure et eau pour préparations injectables.
Dosage usuel, 2.5 à 20 μg.

La seringue inclue la cartouche à double chambre contenant à l’avant la substance médicamenteuse et à l’arrière une solution claire, stérile, incolore, de chlorure de sodium. Le mélange s’effectue au sein de la seringue. La seringue à piston permet de doser le volume à injecter. La précision n’est pas parfaite.

Le stylo injecteur

Il existe un stylo injecteur avec un déclencheur automatique pour les seringues EDEX.
Ces stylos évitent d’avoir à enfoncer l’aiguille soi-même.
Ils ne sont pas remboursés.

Les patchs anti-douleurs

Pour les hommes sensibles, il est possible de poser un patch antidouleur, ou timbre, à la lidocaïne ou prilocaïne avant l’injection.

L’injection urétrale

L’injection urétrale, ou système Muse , du Laboratoire Meda Pharma, est un dispositif qui permet de délivrer un gel de prostaglandine par l’extrémité du pénis, dans l’urètre. Le principe actif en est l’Alprostadil.
Ce gel va diffuser le principe actif vers les corps caverneux et entraîner une dilatation du tissu érectile pour favoriser l’érection. Il convient de bien masser le pénis pour en favoriser sa répartition.
Pour obtenir une efficacité probante, le dosage du principe actif doit être beaucoup plus fort que dans le cadre de
l’injection directe dans un corps caverneux : de 10 à 20 μg pour l’injection directe, le système Muse requiert de 500 à
1000 μg.
Les résultats sont variables et nettement moins efficaces que les injections.
Ce procédé peut entraîner une sensation de douleur dans le canal urinaire.

Il est contre-indiqué en présence d’anomalies anatomiques du pénis. De fait, ce médicament n’est plus guère utilisé. Il peut être prescrit quand les autres méthodes ont échouées. Accessible sur ordonnance, il n’est pas remboursé.